Le désir, toujours hors normes

Par Mathieu Vanden Berghe*.

Dans leur film Hors Normes, Éric Toledano et Olivier Nakache abordent l’autisme par le prisme de la singularité. Cent-vingt minutes de sensibilité et d’humilité à travers lesquelles nous partageons le combat social de Bruno, responsable d’une association qui accueille des enfants avec autisme, et de Malik, qui forme de jeunes stagiaires sans diplôme à l’accompagnement de ces enfants. Le choix des réalisateurs de mettre à nu leur engagement associatif rend assurément ce film poignant et renvoie à la réalité du travail de terrain.

Nous avons là le témoignage d’une volonté de mettre en tension les dimensions normatives, d’une part, et subjectives, d’autre part, que traversent certaines institutions. S’y perçoit une humanité qui se heurte aux contraintes administratives. Pour garantir l’accueil de ces jeunes, l’association de Bruno va devoir répondre à une série de conditions. Et ce n’est pas simple.

Ce film questionne ainsi les politiques de soins, leurs applications et les subventionnements. Il aborde les limites du social : celles qui rendent les associations dépendantes d’un système et celles qui créent du rejet.

Pas de place dans les protocoles de prise en charge pour ces jeunes considérés comme violents, dépendants et dérangeants ! Mais Bruno, Malik et leurs travailleurs sont dans l’action. Ces hommes et femmes du social se mobilisent à travers une cause : trouver une place aux exclus. Ensemble, ils bricolent pour tenter de garantir à chacun un espace dans lequel vivre et grandir, simplement.

Ce sont ces désirs partagés qui touchent. Le désir quotidien d’accompagner et d’aller vers un mieux-être pour ces jeunes. Un désir qui fait de la place à la différence. Peu importe les contextes, les difficultés, les précarités et les origines.

De plus, le film montre un abord particulier de l’autisme et de son accompagnement. Derrière l’étiquette « autiste », les intervenants ont affaire à la singularité de chacun des jeunes et ils tentent un accompagnement qui tient compte du désir, toujours subjectif.

Les travailleurs ne savent pas toujours comment faire, comment réagir, que proposer face à ces jeunes non-verbaux. Ils tentent de faire quelque chose. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas. Parfois ils reçoivent des coups, parfois non. C’est questionnant. C’est bizarre. On ne peut pas toujours l’expliquer. Mais ils apprennent que chacun est unique.

Malik s’engage à former des jeunes stagiaires-intervenants sans diplôme. Mais ce n’est pas cela qui compte. Pour lui, l’accompagnement s’invente, chaque jour, avec le jeune autiste et s’articule aux questions de l’intervenant, dont la plupart restent d’ailleurs sans réponse. Ils prennent la mesure qu’accompagner au rythme du jeune et tenir compte de ses intérêts, c’est la possibilité d’ouvrir une voie à la rencontre.

Bref, ce film engagé met en lumière le désir d’engagement dans et pour la différence. Le désir d’un destin singulier. Pari gagné pour ces réalisateurs qui parviennent à faire voir au-delà des différences. Ils ont compris que hors des normes, la rencontre est possible !

*Mathieu Vanden Berghe est intervenant à La Soucoupe (Bruxelles).