Déclaration (à titre personnel)

ballonJe viens de lire avec effarement les déclarations péremptoires et excluantes du Président de la Fédération Française des « dys » qui déclare que « les enfants « dys » sont aussi victimes de la psychanalyse ».En prenant ouvertement le relais de certaines associations parmi les plus extrémistes et virulentes dans le domaine de l’autisme infantile, il vise à éradiquer l’acquis des pédopsychiatres français qui ont tant œuvré pour la cause de certains enfants dont, à une époque relativement proche, personne ne se préoccupait. Par mon histoire professionnelle, j’ai été proche de certains d’entre eux, à des degrés divers et dans des instances diverses (conseils scientifiques, colloques, organismes de formation, etc.), comme René Diatkine, Serge Lebovici, Colette Chiland, qui ont fortement marqué l’histoire de la discipline. J’ai même codirigé avec plusieurs d’entre eux un livre collectif et pluridisciplinaire sur la dyslexie qui reste toujours d’actualité et qui mériterait d’être relu attentivement par tous ceux qui pensent renouveler aujourd’hui la question des « dys » : La dyslexie en question  (Colin, 1972).

Plus récemment, j’ai accompagné des innovations de pratiques institutionnelles, soutenues par des professionnels se référant à la psychanalyse, et qui sont aux antipodes des schématismes affirmés par ses détracteurs : des pratiques qui impliquent des partages, des collaborations entre professionnels aussi divers que des professionnels du soin, de l’éducation, ou du monde artistique, et dont les enfants sont les bénéficiaires dans leur progression et non les « victimes » .

C’est donc avec des caricatures qui méconnaissent les pratiques réelles, par exemple en Centres de consultation et de traitement ou en CMPP, avec l’invocation sans nuances d’évaluations très contestées et très contestables, et en prenant le vocabulaire typique de la victimisation, que la Fédération Française des « dys », par la voix de son Président, fournit un appui à la volonté politique d’exclure des professionnels reconnus d’institutions dans lesquelles ils exercent depuis longtemps, au lieu d’accorder aux parents la liberté de choix du mode d’accompagnement qu’ils souhaitent pour leur enfant. On peut, certes, avoir des appréciations différentes de la place de la psychanalyse, mais une déclaration aussi violente, relayée de manière significative par des propositions du même ordre à l’Assemblée Nationale, n’est rien d’autre qu’une moderne chasse aux sorcières, la grande Sorcière à combattre voire à brûler sur la place publique, étant, bien entendu, la Psychanalyse. Mais qu’on y prenne garde, ce sont toutes les autres pratiques de psychologie clinique qui seront, à terme, concernées, qu’elles se nomment psychologie dynamique, psychothérapie relationnelle ou institutionnelle… Ceci au nom d’une validité jugée indiscutable des mesures de rééducation comportementale, mettant de côté la dimension du sujet en tant que tel.

Paradoxalement, c’est même en prétendant défendre des approches pluridisciplinaires que sont prononcées des interdictions de professionnels qui travaillent précisément en équipes pluridisciplinaires.

Triste époque que la nôtre : au moment où nous sommes nombreux à nous déclarer en faveur d’institutions et de pratiques inclusives, d’autres s’engagent vers des mesures d’exclusion, voire de condamnation pénale de professionnels, que je tiens à dénoncer avec la plus grande fermeté.

Le 5 décembre 2016.

Eric Plaisance
Professeur émérite de l’Université Paris Descartes – Sorbonne Paris Cité
Président du Haut conseil pédagogique et scientifique de l’Association pour adultes et jeunes handicapés – APAJH
Président du Conseil éthique et scientifique de la Fondation internationale de recherche appliquée sur le handicap – FIRAH