« Contribuer utilement aux besoins dans le domaine de l’autisme »

Interview de Christiane Alberti, directrice du tout nouveau Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Autisme (CERA).

La cause de l’autisme – Vous êtes la directrice du Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Autisme qui a été récemment créé. A quoi cette création répond-elle ?

Christiane Alberti – L’autisme représente un enjeu majeur pour la pratique de la psychanalyse lacanienne et pour la diffusion du discours analytique.  D’une part, parce que l’autisme est devenu une question de société  et d’autre part, parce que c’est le cheval de Troie des TCC. Tout ce qui se diffuse comme normes de bonnes pratiques au niveau des pratiques sociales et des politiques de santé, s’est mis en place à partir de l’autisme. Créer un centre d’études et de recherche sur l’autisme est une réponse de l’Ecole de la Cause freudienne aux enjeux actuels. C’est aussi frayer une voie pour la diffusion du discours analytique et de son éthique.

Une surface institutionnelle, tel qu’un Centre d’études et de recherches sera un médium essentiel pour rendre visible la contribution de la psychanalyse lacanienne à l’accueil et à l’accompagnement des sujets autistes et jouer un rôle d’interface avec la représentation nationale et aussi vers Bruxelles. A noter que désormais, la Secrétaire d’état au handicap, est directement placée sous l’autorité du Premier ministre, et non plus sous tutelle du Ministère de la Santé. La question de l’autisme est donc explicitement extraite du champ sanitaire.

L’objectif de ce Centre sera double, à la fois l’étude et la recherche sur l’autisme – œuvrer à une lisibilité du corpus théorique et clinique élaboré depuis des années dans le Champ freudien, et, à la fois, la recension des dispositifs d’accueil et d’accompagnement des sujets autistes et le recueil des initiatives et innovations en la matière.

De quels moyens va se doter le CERA ?

Nous avons prévu plusieurs moyens. Un enseignement du CERA à Paris. Il a démarré en septembre 2017. Coordonné par Laurent Dupont, il se tient mensuellement à l’ECF. Nous prévoyons aussi une publication sous forme d’un Cahier annuel (200-250 pages). Un site web sera aussi mis en ligne. Enfin, nous mettrons en place une structure de veille et de lien avec les instances officielles en France et à Bruxelles.

Des initiatives sont-elles prévues ?

Oui, la tenue d’une Journée d’études a été décidée. La première se tiendra le 10 mars 2018 à Paris et sera intitulée « Autisme et parentalité »

Sur la question de l’autisme en tant que telle, peut-on dire qu’il y a une approche psychanalytique lacanienne de l’autisme ?

Depuis de nombreuses années des psychanalystes, des praticiens accueillent  et accompagnent des sujets autistes. Il s’agit de faire le point sur l’approche psychanalytique lacanienne de l’autisme de manière à contribuer utilement aux besoins dans ce domaine. L’accueil et l’accompagnement des autistes sont en effet, marqués par de graves carences dans les domaines du soin, de l’éducation, de la scolarisation et de l’insertion sociale. Les psychanalystes donneront ici témoignage de l’enseignement unique issu de leurs rencontres avec des enfants ou des adultes autistes. Avec le CERA, les psychanalystes vont faire connaître leurs points de vue, leurs lectures, leurs recherches, leurs innovations. Plutôt qu’un point de vue unique et dogmatique, ils feront valoir la diversité des styles et des méthodes. « Des styles et des méthodes » est d’ailleurs l’orientation que Jacques-Alain Miller a proposée en donnant ce titre à l’enseignement inaugural du CERA.

Une question d’actualité : quel est votre point de vue sur l’élaboration du 4ème plan autisme ?

Le CERA voit le jour dans un contexte nouveau marqué par le discours du 6 juillet 2017 du président de la République, M. Emmanuel Macron. Il a indiqué la nécessité que « la société change le regard sur l’autisme et plus globalement sur le handicap », et aussi celle de « faire une place plutôt que de vouloir imposer une hyper-normativité de nos organisations et de nos comportements ». Il a appelé à un « pragmatisme qui permet la multiplicité des réponses plutôt qu’une seule solution homogène ». Pour la première fois, des psychanalystes ont été conviés à prendre part aux instances de concertation du 4ème plan autisme.

Gageons que le CERA saura dans un avenir proche jouer un rôle d’interface avec les instances politiques, la représentation nationale et aussi avec l’Union Européenne.

 Propos recueillis par Jean-François Cottes

Pour découvrir et télécharger le programme des enseignements du CERA 2017-2018, cliquer sur l’image :